Trouver un médecin traitant relève parfois du parcours du combattant, surtout en Charente et passé l’âge de 60 ans. Le décor : des villages traversés par la lumière du matin, des boucles de la Charente où se posent les brumes, mais aussi des cabinets bien remplis, des listes d’attente à rallonge, parfois un accent d’inquiétude chez les habitants.
D’après les chiffres de l’Ordre des médecins (Atlas Démographique 2023), la densité médicale en Charente se situe à environ 124,6 médecins généralistes pour 100 000 habitants, sensiblement en-dessous de la moyenne nationale (150/100 000, source Drees). Le vieillissement de la population – plus de 30% de Charentais ont plus de 60 ans – accentue la pression (INSEE). Pourtant, chacun mérite accès à des soins de proximité.
Voyons ensemble comment avancer malgré ce contexte, et les ressources pour ne pas baisser les bras.
Passé 60 ans, la santé se suit dans la durée : contrôles réguliers, renouvellement d’ordonnances, prévention, orientation vers des spécialistes. En tant que pivot du parcours médical, le médecin traitant garantit la transmission de votre dossier et vous ouvre l’accès au remboursement optimal des soins (Ameli.fr).
La désertification médicale touche la majorité des territoires charentais, avec une baisse de près de 6% du nombre de généralistes installés sur la décennie écoulée (URPS Nouvelle-Aquitaine, 2024). Certains secteurs sont particulièrement en tension : - Nord du département - Sud Charente rurale - Quartiers périphériques d’Angoulême
Les délais d’obtention d’un rendez-vous pour un premier contact avec un médecin traitant peuvent dépasser plusieurs mois (baromètre Doctolib 2023). Une étude locale menée à Cognac indique que 17% des seniors n’ont plus de médecin référent (Sud-Ouest, 2023).
Même si toutes les solutions ne sont pas immédiates, certaines démarches traditionnelles restent souvent efficaces :
Des initiatives émergent pour pallier cette pénurie. Voici un aperçu des relais concrets :
À Jarnac, Ruffec, La Rochefoucauld, des maisons de santé regroupent médecins, infirmiers, kinés, parfois dentistes et psychologues. Sur place, l’équipe tente de proposer au moins une solution de suivi pour les nouveaux patients “sans médecin traitant déclaré”. La liste des MSP charentaises est disponible sur le site de l’Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine : ARS Nouvelle-Aquitaine.
Des centres de santé comme celui d’Angoulême (site du Grand Angoulême), fonctionnent avec des médecins salariés : avantage, ils ne sont pas soumis au numerus clausus traditionnel des cabinets de ville. La prise de rendez-vous peut se faire en appelant directement ou via des plateformes telles que Doctolib.
Si, après plusieurs tentatives raisonnables, vous ne parvenez pas à trouver de médecin référent, contactez le service social de la CPAM Charente : un conseiller tente alors une médiation, en sollicitant notamment les praticiens tenus de prendre un “nombre minimal” de patients. Numéro utile : 3646 ou agence CPAM d’Angoulême. (Source : Ameli.fr)
Certaines collectivités – Gond-Pontouvre, Ma Campagne, Montbron – financent régulièrement l’accueil de remplaçants, lancent des appels à candidatures et facilitent l’installation de jeunes médecins. Renseignez-vous auprès de la mairie ou du centre communal d’action sociale (CCAS).
- Nombreux cabinets permettent de rencontrer, au moins ponctuellement, un médecin remplaçant, qui pourra assurer le suivi temporaire des ordonnances et proposer un premier bilan. - La téléconsultation est de plus en plus développée. Certaines pharmacies et EHPAD charentais mettent à disposition des cabines connectées, où l’on peut échanger avec un médecin généraliste à distance (plateformes comme MédecinDirect, Livi).
La tension actuelle ne doit pas empêcher d’avancer : selon la HAS (Haute Autorité de Santé), même sans médecin traitant déclaré, personne âgée de plus de 60 ans a le droit :
De plus, certains médecins acceptent ponctuellement des personnes âgées isolées, notamment en cas de pathologie chronique ou de handicap reconnu. Les solidarités de village jouent parfois en votre faveur : le bouche-à-oreille, les recommandations de voisins ou l’aide du facteur n’ont pas encore dit leur dernier mot !
Face à la pénurie, la Charente invente, rassemble, adapte et fait souvent de la solidarité une force discrète. Petits villages où l’on glisse une adresse dans la boîte aux lettres du voisin, mairie qui ouvre son bureau pour aider à remplir un courrier à la CPAM, pharmacien qui tient à jour la liste des médecins récemment partis et récemment arrivés… Ici, on connaît l’importance d’un sourire, d’une information partagée ou d’un coup de pouce à la bonne personne.
La situation peut sembler décourageante mais ne doit pas conduire à l’isolement. Oser toquer à de nouvelles portes, accepter une téléconsultation en dépannage, informer ses proches (ou une association) en cas de difficulté, permet de réinventer son parcours de soin sans rester seul. La santé doit rester accessible, et, si le chemin s’allonge parfois, la lumière sur les bords de la Charente permet de ne pas perdre confiance.
C’est dans ces moments que s’illustre le cœur du territoire, capable de démontrer qu’au-delà des difficultés, l’humain, l’écoute et l’entraide forment le tissu le plus solide de notre belle région.